Lettre ouverte : Dream Team, passion, et Paul Lacombe

Le basket est un sport de mouvement. Le mouvement du ballon, évidemment, le plus beau qui soit. Les mouvements sans ballon, les coupes, les backdoor meurtriers, si utiles pour fluidifier le mouvement de la gonfle. Mais aussi en dehors du terrain, les mouvements des joueurs, base même de toute l’économie du basket. Car la carrière d’un sportif de haut niveau est généralement courte. Les possibilités de reconversions autour de la balle orange ne sont pas légion, et les joueurs ont beaucoup moins de facilités pour l’après-carrière qu’un footeux lambda par exemple. Ainsi, les joueurs sont obligés de rentabiliser, et de capitaliser. Les contrats sont cours, révisables à l’envie, offrant beaucoup de souplesse de négociation aux joueurs comme aux clubs. Offrant aussi une valse perpétuelle de joueurs, et des effectifs qui se renouvèlent à 80 % chaque saison.

« Les joueurs passent, seul le club reste. »

C’est le genre de phrase que l’on entend très souvent dans le milieu des supporters, au foot comme au basket. Principe qui fait l’unanimité, enfin en façade, car oui, on soutient le club, le maillot, la ville, l’écusson, les couleurs. C’est généralement lié au lieu de naissance, au lieu de résidence, et parfois, à des exploits sportifs retentissants. Et pourtant nous sommes tous des êtres humains. Un étendard qui flotte au vent, évidemment que c’est rassembleur. Mais le « vivre ensemble » fait que l’on s’attache. Et qui n’a pas eu de pincement au cœur quand un joueur emblématique a quitté le club pour aller ailleurs. Malgré les couleurs, le blason, et le tralala, l’attachement aux joueurs, notamment les plus charismatiques, est inévitable. Et la tristesse du départ est toujours pénible. Car même les plus grands ne restent pas indéfiniment dans le même club. Et ce tous sports confondus. Et même si Shaquille O’Neal a dit « on ne transfère pas une légende », il n’en reste pas moins que les CV avec un seul club sont extrêmement rares. Car le changement, c’est la vie !

Une belle marmite pour commencer

6b630461ff0b7871b9b39a6021fee4acJe suis tombé amoureux du basket de la plus belle façon qui soit : en passant une semaine avec la plus grande équipe de tous les temps. Ball boy estampillé Dream Team, on m’en parle encore, vu que ma trogne a été aperçue au détour du fameux « The Last danse » sur Michael Jordan. Mais à cette époque-là, je n’ai pas flashé ni sur Jordan, pourtant au sommet de son art, ni sur Magic ou Bird, au bout du bout. Non, j’ai flashé sur John Stockton, et son compère Karl Malone. Déjà leur gentillesse m’avait étonné. Ces mecs faisaient partie d’un groupe de rock stars adulées, et pourtant, je les ai trouvés très « humains ». Et je ne dis pas ça uniquement parce que bon Karl m’a filé une de ses chaussures avant leur départ. Je me suis ensuite intéressé à eux, leur parcours, leur club, leur style de jeu. Et on peut dire que ça m’allait bien. Fidélité sans faille à son club de toujours, du jeu collectif, un QI basket supérieur, le tout un corps de comptable, voilà qui ne pouvait que me plaire. Sauf que Stockton est une exception…

Amour et itinérance : peu compatible

Mais pourquoi en suis-je arrivé à parler de lui ? Pas pour me vanter d’avoir une photo avec Michael Jordan dans ma chambre depuis presque 30 ans. Mais parce que les autres joueurs qui m’ont fait vibrer durant cette période du milieu des années 90, ont tous très rapidement changé d’air. Ma garde-robe de maillot d’Orlando (Penny Hardaway) ou de Dallas (Jason Kidd) a très vite plus eu beaucoup de sens. Du coup, à la fin des années 90, je me suis fait une promesse : ne plus kiffer de joueur. Ça tombait bien, je venais de passer des playoffs de dingue à suivre les Knicks arriver jusqu’en finales avec une équipe qualifiée in extrémis. Ce genre d’aventure sportive qui marque les observateurs. Surtout que j’avais déjà bien aimé suivre les Knicks durant le milieu des années 90 : un méga star, des besogneux qui poussent le sens du collectif et du sacrifice au paroxysme : voilà qui me plaisait bien aussi. Et comme New York est une ville qui me fascinait déjà pas mal (Spider man, tout ça tout ça), bingo, ça sera les Knicks, et qu’importent les joueurs qui y passent…

Désert et casse-tête : 20 ans de basket

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Et cette règle, je l’ai appliquée à la lettre pendant 20 ans. Et ce n’est pas évident de se dire supporter des Knicks quand l’équipe s’enfonce dans une traversée du désert sans fin (et qui continue de nos jours). Certes, en tant qu’amateur de basket, j’ai kiffé les Spurs de Parker et Ginobili, notamment en version « duel face à Miami », avec un jeu collectif de toute beauté et cette multitude d’extra pass pour trouver le joueur idoine. J’ai pris mon pied devant la finale gagnée par Dallas, Kidd de retour à la maison, j’ai pu ressortir mon vieux maillot, la symbolique était belle. Mais je n’ai plus jamais accroché sur un joueur. Ce fut d’autant plus facile avec l’évolution du basket. Car je me suis bien arraché la tête avec l’arrivée des Iverson, puis des Westbrook, et autres joueurs mangeur de ballon, oubliant parfois même les principes du jeu collectif. Ils sont tous extraordinairement forts. Ce qu’a fait Iverson avec les Sixers, c’est juste monstrueux. Mais le basket transformé en sport individuel, ce n’est pas vraiment le sport que j’aime voir.

L’amour et retour sur la choucroute

Évidemment, je ne parle pour l’instant que de NBA parce que le basket français, ça ne me parlait pas tant que ça. Peut-être parce que localement, je ne me voyais pas suivre une autre équipe que Monaco, que je suivais d’ailleurs déjà, lors de derbys houleux contre Menton ou Cagnes sur Mer. Pourtant, je m’en suis farci des finales Pau/Limoge avec Patrick Montel (alias la plaie) au micro. J’ai même eu la chance de voir un match de finale, entre Pau et Antibes, à l’espace Piscine. Un chouette moment au cœur des années 90. J’ai aussi bien kiffé l’équipe de France, depuis cette fabuleuse épopée aux JO à Sidney. De la masterclass de Fred Weis sur Luc Longley (triple champion NBA), à la main gauche magique d’Ali Traoré, en passant par le discours de TP face à l’Espagne, ou le short de Thomas Heurtel, y’en a eu des pleines cagettes des moments sympas. Mais la ProA, sauf peut-être connaitre le nom du champion, ça s’arrêtait là… Jusqu’à la montée de la Roca Team dans l’élite, qui a changé bien des choses…

Roca Team, et conséquences

Connaissant désormais un petit peu le basket, ma résolution prise 15 ans plus tôt, je l’ai prolongé quand l’ASMonaco a grimpé les échelons, depuis le national jusqu’au-devant de la scène en ProA. Évidemment, l’attachement fut automatique à ces couleurs que j’ai moi-même portées dans le tréfonds des divisions départementales. Mais pas d’attachement particulier aux joueurs. Enfin, je les apprécie, je les respecte, et je les ai soutenus, tous autant qu’ils sont. Mais à aucun moment, je n’ai eu d’attachement particulier pour l’un d’entre eux. Pourtant, on a eu de vrais bons gars. Anthony Christophe, avec qui j’ai eu la chance de pouvoir m’entrainer, Cyril Akpomedah, un CV en béton, grand habitué du même Starbuck que moi, Amara Sy et son éternel sourire, ou encore Jamal Shuler ou même Zack Wright, éminemment sympathiques. Pourtant, tous ont fini par partir, car c’est un peu le cycle de la vie, et c’est surtout la réalité du basket actuel, notamment en France, où les effectifs sont renouvelés chaque année à 75 %. Et Monaco n’échappe pas à la règle, où la moyenne est de seulement 3 joueurs conservés d’une saison à l’autre.

Mais Paul est arrivé…

paul-lacombe-auteur-d-un-match-recordEt c’est dans ce bal perpétuel de joueurs qu’est arrivé chez nous Paul Lacombe. Je ne le connaissais pas plus que ça quand il a débarqué à Monaco. Je savais qu’on avait pris un gros joueur français, car la SIG était l’équipe phare du championnat. Et qu’il avait eu des moments capillaires plutôt étranges par le passé. Mais au départ, c’était un joueur parmi tant d’autres. On avait une grosse équipe, d’autant plus quand on récupère avant Noël le magicien DJ Cooper, MVP en titre du championnat. Et puis plus la saison avançait, plus j’ai commencé à apprécier Paul, une sorte de condensé du basket que j’aime : un gars qui va se battre sur tous les ballons, adepte du backdoor meurtrier, qui va penser d’abord à ce qu’il peut faire pour aider l’équipe, avant de penser à ses stats personnelles. Un joueur intelligent et complet capable de scorer, mais qui ne va pas rechigner à aller au rebond, ou au contre, ou choisir la passe pour un coéquipier démarqué. Bref, l’antithèse de tous ces joueurs « modernes » mange ballon qui me filent la pécole.

… il a tout cassé…

Les playoffs cette année-là seront dingues. Paul va faire un taf énorme contre Pau au premier tour, piquant la balle de match des mains d’Okobo dans les ultimes secondes d’un 1er match étouffant. Et en finale, il fut le seul à se battre jusqu’au bout, notamment dans le 5e match lourd de regrets. Puis la saison suivante, alors que le nouveau coach ramait pour trouver un équilibre entre ses choix douteux, les recrues bizarres et la Ferrari qu’il avait à sa disposition, Paul et Kika, furent les deux seuls joueurs à surnager dans ce marasme. Et les victoires arrachées au cours des premiers mois de compétitions portaient toujours le sceau de l’un, ou de l’autre. Pendant ce temps là, il découvrait aussi les joies de l’équipe de France, se hissant parmi les meilleurs joueurs des qualifications. Meilleure saison statistique en carrière, all-star, membre du 5 majeur de la saison, et médaillé de bronze en Chine. Il n’a manqué qu’un titre pour conclure cette saison de dingue, mais l’ultime marche était trop haute pour une équipe qui partait d’un peu trop loin.

… et il a tout changé.

PauloFrontEt cette saison qui s’achève aura confirmé tout le bien que l’on pensait de lui. Sportivement, car malgré une saison compliquée, entre manque de préparation, blessures, et un coach peu enclin à lui laisser les clés, il aura quand même tout donné, cherchant à adapter son jeu pour aider l’équipe. Avec en point d’orgue ce match à Cholet, un déluge de passes décisives, sous les yeux de John Stockton himself, venu voir jouer son fils dans l’équipe adverse. Mais si le joueur m’a rappelé combien le basket est un formidable sport collectif, que dire du bonhomme, un incroyable concentré de gentillesse, que ce soit avec les supporters, avant ou après les matchs, ou en interview, notamment celui qu’il nous a accordé pendant le confinement (Interview confiné avec Paul Lacombe). Et que dire des derniers mots qu’il a eus envers la Principauté, et les gens de Monaco. Une reconnaissance qui va au-delà de tout ce que tant de sportifs professionnels avant lui ont pu avoir.

Quand on va à Monaco, il y a énormément d’a priori et de préjugés sur cette ville. J’ai découvert des gens fantastiques à l’opposé de ce à quoi je m’attendais. Ça a été une merveilleuse rencontre humaine avant tout.

Tout ça pour dire…

LacombeFrontTout ça pour dire que ma résolution la fin des années 90, elle a pris un sacré shoot au derrière, façon Gum gum bazooka. Et vous savez quoi ? Tant mieux. Oui, j’ai kiffé Paul durant ces 3 ans à Monaco, et c’est une fierté et un honneur que d’avoir le maillot d’un tel joueur dans mon placard. Et je vais surement me mettre à dos une partie des tribunes de Gaston Médecin, mais je suis extrêmement content pour Paul qu’il puisse rentrer chez lui, jouer dans le club qui l’a fait rêver gamin, avec un vrai rôle, des ambitions de titres encore plus élevées, et la chance de pouvoir disputer l’Euroligue, compétition basket la plus relevée au monde, après la NBA. Monaco ne pouvait lutter sur aucun de ces points-là. C’est avec grand plaisir que je vais suivre la suite de sa carrière, pour laquelle je ne lui souhaite que le meilleur, de briller en Euroligue, de se faire sa place en équipe de France, et aussi en championnat. Car c’est sur, il finira par le gagner ce fichu titre qui lui échappe depuis si longtemps.

Daghe Paulo, et merci pour tout ! 

Roidesparquets

9 réflexions au sujet de « Lettre ouverte : Dream Team, passion, et Paul Lacombe »

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